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Marie-Odile Biry-Fétique
Je ne peins pas sur le motif mais d’après… je ne le découvre pas, j’éprouve sa présence comme une sorte d’instantané du souvenir : tel un chasseur de papillons, je pars souvent dans mes pérégrinations armée d’un polaroïd qui me permettra de le fixer à son lieu d’origine : toujours déjà image. Mais parfois, c’est la peinture qui m’attend: les broussailles anticipent le fusain et ses lacis de bois brûlé, des taches de mûres au sol provoquent une envie de dripping garance.
Elle m’arrête aussi parce que retrouvée de l’autre: « Tiens on dirait un Corot ! »
Mais dresser une carte des influences et des affinités serait chose ardue. Le retour à l’atelier sera le temps de l’incorporation spéculaire du monde. Une négociation s’engagera entre tous ces ressentis, ces bribes d’images erratiques et leur représentation. Parfois le passage se fera en douceur, avec tendresse ( le terme italien de morbidesse conviendrait mieux ), d’autres fois, il s’agira d’une véritable disputatio. La question de la limite, du bord, incarne bien ces dilemmes, certains motifs fluctuant dans le blanc de la page, d’autres s’accommodant de l’autorité du châssis.
Les images y constituent un monde distinct de la réalité, détaché, et parfois si étranger qu’ils en déroutent mes desseins liminaires pour mener leur propre trace.
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